Les magiciens, Tome 1, de Lev Grossman

 Synopsis

 Brooklyn. Quentin, dix-sept ans, est un adolescent bril­lant mais il ronge son frein, prisonnier d’un monde désespérément ennuyeux, en attendant d’intégrer une université de prestige. Comme il regrette le temps de son enfance où les Chroniques de Fillory l’entraînaient dans un univers magique où tromper son ennui!

Mais sa vie se transforme le jour où, à sa grande stupeur, il est admis à la faculté de Brakebill, une école extrêmement élitiste et secrète qui forme des magi­ciens. Cinq années d’un rude et dangereux apprentissage l’y attendent.Mais le monde réel, même revu par la magie, n’apporte pas forcément le bonheur. Ce qu’il faudrait, c’est que l’univers de Fillory, celui des contes de son enfance, ne soit pas un monde imaginaire. Qui sait ?…

Mon avis, mes impressions

       Au début de ma lecture, je m'attendais à être plongée dans un monde fantastique : celui de Fillory, ou celui de Brakebill, au choix, j'avoue que tant que le monde fantastique crée par l'auteur était "nouveau" à mes yeux, j'étais prête à sauter à pieds joints dans le monde de Quentin. Malheureusement, si ces deux mondes fantastiques sont au coeur de l'histoire écrite par Lev Grossman, un seul m'a enthousiasmée et transportée et malheureusement, ce n'est pas celui qui occupe les trois quarts du roman. 

       Les deux cents cinquante premières pages du roman s'attardent (à mon grand désespoir) sur le monde plat et peu édulcoré de l'école de magie de Brakebill. A mon sens, ce n'est pas tant le monde fictionnel de Brakebills qui pêche ici, mais véritablement l'écriture de l'auteur et les développements qui y sont faits. Voire même l'absence de développements : les deux cents premières pages sont constituées d'ellipse. Certes, une ellipse, voire deux ou trois ne sont pas plus troublantes que cela dans un roman : l'auteur ne peut décemment pas développer en détails tous les aspects de son récit, mais que dire lorsque chaque chapitre commence par une ellipse de type "six mois plus tard", ou encore "plusieurs semaines s'écoulèrent". L'ennui devient vite palpable, d'autant plus que les personnages eux-mêmes se fondent dans les incohérences du récit. 

        Et là apparaît le mat qui blesse : les personnages. Le personnage principal, Quentin, semble lui-même s'ennuyer aussi bien au sein du monde réel qu'à Brakebill. Pis encore, il n'agit jamais véritablement lorsqu'il est plongé dans le monde ô combien fascinant de Fillory : il devient le narrateur de l'histoire sans sembler y prendre part. On pourrait presque sentir sa frustration au sein des pages. 

" Quentin se savait malheureux. Pourquoi donc ? Il avait réuni avec soin tous les ingrédients du bonheur. Il avait accompli tous les rituels, prononcé toutes les formules, allumé tous les cierges, effectué tous les sacrifices nécessaires. Mais le bonheur, tel un esprit rétif, refusait de venir à lui" 

    À l'instar de Quentin, on ressent l'appel de l'aventure sans pouvoir y répondre : Lev Grossman a créée une intrigue des plus fascinantes, mais ne fait que passer sur les péripéties sans les développer : *spoiler* Quentin adhère très (trop ?) facilement à une des factions de l'université Brakebills alors qu'il n'a pas les compétences nécessaires, mais personne ne semble s'en soucier. * fin du spoiler* Pareillement, certains personnages gagneraient grandement à être développés, comme Eliot, dont les interventions sarcastiques et troublantes donnent du piquant à l'intrigue. 

Eliot : "Comment tu t'appelles ? lui demanda le jeune homme, sur un ton trahissant un manque total d'intérêt.

-- Quentin.

-- Charmant. Et d'où viens-tu ?

-- De Brooklyn.

-- Quel âge as-tu ?

-- Dix-sept ans.

-- Moi, c'est Eliot. Épargne-moi les détails : je ne veux rien savoir. Je ne tiens pas à m'attacher"

 

    Le même constat s'applique à Alice, la petite amie de Quentin, mise en avant au début du texte, puis réduite au rang de personnage secondaire. 

Enfin, abordons les points positifs de ce roman : LE MONDE DE FILLORY !!! Presque un peu trop proche de Narnia, et pourtant différent. Un monde illogique, mais dans lequel les personnages prennent réellement conscience de leurs pouvoirs, des liens qui les unissent, de leur propre condition de jeunes magiciens. Lev Grossman est magnifiquement parvenu à retranscrire les combats qui y font rage et auxquels les personnages prennent part. Les cent cinquante dernières pages du roman consacrés presque intégralement à Fillory m'ont emportée directement dans ce monde de mystère, de magie et de danger alors que je commençais à désespérer (et à m'endormir). D'autant plus que les rebondissements ne cessent d'apparaître, de se succéder, provoquant ainsi de multiples questions qui ne s'arrêtent jamais. C'est un retournement presque choquant qui s'opère et qui fait état d'une fracture nette entre le début du roman et sa continuité. 

      La fin du roman nous donne une envie d'en savoir plus, de retourner avec Quentin et ses amis à Fillory, de découvrir ce qu'il est advenu des personnages fantastiques créés par l'auteur. C'est donc sur une note positive que se conclut ce roman à mes yeux, même s'il manque cruellement de profondeur. J'aurais aimé que l'auteur développe plus longtemps les intrigues qu'il fait se succéder (un voyage terre-lune résumé en dix lignes ? J'aurais aimé avoir plus ... ), quitte à faire porter l'intégralité du premier tome de cette série, ou alors tronquer la partie sur Brakebills pour commencer l'histoire directement à partir de l'immersion des personnages dans le monde de Fillory. 

J'attribuerais la note de 2,5/5 à ce roman, et ce uniquement parce que le monde de Fillory est passionnant, entraînant et magnifiquement écrit et que le narrateur fait preuve d'une grande logique dans les théories exposées, aussi bien sur la magie que sur les évenements qui ont lieu à Fillory. 

Quant aux personnages, j'attends de lire le tome 2 des Magiciens pour me faire un avis plus approfondi. 

 

À très bientôt pour de nouvelles lectures, 

Julie

 

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